mercredi 26 mars 2025

39 - Voyage

Je pars.
 
Loin, haut, ailleurs.
 
A toute volée, je prends un chemin vertical à la rencontre des meilleurs jours de ma vie, à la découverte d'un ciel plus clair, d'une terre plus légère, d'une autre réalité.
 
Mes ailes se déploient, ma vue s'élargit, mon âme s'enrichit.
 
Je pénètre dans un monde plus passionnant encore que les artifices des rêves, les éclats des légendes et les sommets de l'imaginaire : celui des palpables certitudes.
 
J'atterris dans un royaume perdu. Un pays quitté mais non oublié. Un règne abandonné mais non effacé de ma mémoire.
 
C'est un espace idéal, une contrée aussi vaste que l'infini, avec des heures brûlantes de joie et des nuits brillantes comme des constellations, une immensité fabuleuse, pure, bien plus précieuse que l'or. Oui, je viens d'arriver sur un vieil empire quasi céleste dont je fus le dieu vivant jadis, ici-même sur ce globe terrestre.
 
Aussi incroyable que cela puisse paraître...
 
J'entre dans une dimension différente et pose le pied sur un terrain mythique, lointain et cependant réel où je vécus il y a fort longtemps, et je refais les mêmes pas d'il y a un siècle ou mille ans en arrière.
 
Je retrouve mon palais.
 
Je reconnais les arbres qui ont grandi, les maisons qui ont vieilli, les visages qui se sont ridés, les enfants devenus adultes.
 
Jamais aucune compagnie aérienne ne pourra m'offrir de pareilles émotions !
 
Pour pas un rond je viens de faire un merveilleux voyage dans le temps, dans ma tête, dans mon enfance.
 
Sans me déplacer physiquement, juste en regardant une photo récente de mon ancien village, Warloy-Baillon.
 
VOIR LA VIDEO :

Qui est Raphaël Zacharie de IZARRA ?

Ma photo
J'ai embrassé tous les aspects du monde, du gouffre le plus bas au sommet le plus glorieux, de l'anodin au sublime, de la bête au divin, du simple caillou à qui j'ai donné la parole jusqu'au fracas galactique que j'ai réduit au silence devant un battement d'aile. Je suis parti du microcosme pour me hisser jusqu'aux astres, sans omettre de poser mon regard à hauteur de vos boutons de chemise. J'ai exploré les vices les plus baroques autant que les vertus les moins partagées, je suis allé sonder les petits ruisseaux mentaux de mes frères humains mais aussi les fleuves nocturnes de mes chats énigmatiques. Je suis allé chercher le feu olympien à droite et à gauche, m'attardant à l'occasion sur mes doigts de pied. J'ai fait tout un fromage de vos mesquineries de mortels, une montagne de mots des fumées de ce siècle, un pâté de sable de vos trésors. L'amour, la laideur, la solitude, la vie, la mort, les rêves, l'excrément, le houblon, la pourriture, l'insignifiance, les poubelles de mon voisin, le plaisir, le vinaigre, la douleur, la mer : tout a été abordé. J'ai survolé l'Univers d'une plume grave et loufoque, limpide et fulgurante, lucide et légère, aérienne et "enclumière".